Notre tentative de traversée des Andes

Les photos sont dans l’album « Chili-Nord »

Jour 1: Départ de San Pedro  – 25km – Bivouac à 3300m

Ça y est, c’est le grand jour, à l’assaut des Andes ! Vu que le col était fermé la veille à cause d’une chute de neige, on se renseigne d’abord pour savoir s’il est ouvert, et il l’est. On se prépare très vite vu que tout était déjà prêt la veille et on file vers la douane. Un sentiment étrange nous habite. Nous sommes à la fois très contents de pouvoir enfin rouler vers ce col, et nous avons quelques craintes vu les difficultés qui nous attendent.

Nous arrivons à la douane à 9h25 et n’en repartons qu’une heure plus tard tant la file est énorme ! Le début de l’étape est facile, un faux plat montant de 12km, en ligne droite. On roule tranquillement, tout contents de refaire du vélo. J’entends quand même des bruits étranges venant mon dérailleur arrière, j’ai l’impression que parfois, il touche la cassette. Lors de la première pause de la journée, je vérifie et découvre que j »ai remonté une partie à l’envers …  Ça marche quand même mieux quand c’est à l’endroit 🙂

A midi, l’ascension commence. La pente moyenne est de 8%… on prend rapidement de l’altitude. C’est quand même bien plus sympa que de Calama à San Pedro. Ici au moins on sent qu’on monte ! Je suis aussi content de pouvoir enfin mouliner dans un col et ne pas sentir mes cuisses brûler, en poussant comme un fou sur les pédales, comme ce fût le cas sur la carretera austral avec ses pentes à plus de 10%. Les paysages n’évoluent pas beaucoup mais l’après midi est agréable.

Vers 13h30, on s’arrête en bord de route manger un bon petit sandwich avocat-saumon, redoutablement bon ! Depuis quelques temps, un vent assez fort s’est levé. On l’a tantôt dans le dos, tantôt de côté, c’est pas toujours facile d’aller droit … Au loin un paquet de nuages menaçants s’agglutinent au dessus de la route allant vers le paso sico (passage de frontière plus au sud), nous sommes contents d’avoir choisi le paso jama! (Et nous apprendrons plus tard que des cyclistes ont dû y être secourus par un pickup en pleine tempête de neige)

A 16h30, on est à 3300m et on découvre un petit abri pour la tente. C’est parfait, il ne faut pas se griller dès le premier jour 🙂

On passe la fin d’après midi à lire, puis on mange avant de se coucher avec les poules.

Jour 2: 11km – Bivouac à 4125m

On se fixe l’objectif d’arriver à 4000m pour ne pas monter trop vite en altitude. La montée continue à être soutenue alors on fait de courtes pauses tous les 50m puis tous les 25m d’altitude, le temps de boire et de reprendre le souffle. On arrive vers 12h à 3800m, parfait pour faire une pause déjeuner. La matinée s’est bien passée même si on sent le manque d’air et qu’on monte au ralenti.

Un bon petit repas avocat-saumon, un bon maté de coca et ça repart ! Je me sens déjà faible à 3800m alors je m’attends à avoir du mal cet après-midi. Angélique semble mieux supporter l’altitude, elle a le souffle court mais n’a pas mal à la tête. Jusqu’à 3900m ça va bien, mais à partir de là, j’ai l’impression de ne plus respirer d’oxygène malgré mes grandes inspirations. J’essaie de garder un rythme le plus régulier possible pour arriver à monter à 4000m.

Nous voilà à 4000m et une longue ligne droite continue devant nous. Aller, on va bien pousser jusqu’à 4100m ! C’est sans doute pour moi la plus dure partie de l’ascension. Je me sens très faible mais je suis Angélique qui imprime le rythme des pauses (maintenant, tous les 20m d’altitude).

A 4125m on trouve un coin pour planter la tente. On pousse mon vélo à deux, on monte la tente tant bien que mal en faisant tous les mouvements au ralenti puis on va chercher le vélo d’Angélique. Une fois tout dans la tente, je déroule mon tapis, gonfle mon coussin et dors jusqu’à 17h ! Ça fait du bien ! Pendant ce temps, Angélique lit et se lave, elle est moins KO que moi avec l’altitude.

Jour 3: 7km – Bivouac à 4590m

Il n’a pas fait chaud durant la nuit, l’eau de nos bidons est gelée et difficile d’allumer le réchaud sans réchauffer la bonbonne de gaz dans le sac de couchage.

Du coup, on attend que le soleil se lève pour sortir du sac. On déjeune frugalement, car avec l’altitude on n’a pas vraiment faim. A 10h, on est en bord de route pour attaquer l’étape de la journée. Objectif : 4500m, et plus si on a la forme.

C’est une longue côte de 6km en lacets qui nous amène à 4600m. On a continué avec notre rythme de pauses tous les 25m d’altitude, ça fonctionne bien même si on peine de plus en plus.  En plus, aujourd’hui le vent est glacial ! Comme hier, ils nous semble avoir aperçu le véhicule de l’agence qui devait nous ravitailler en eau, mais il ne s’est pas arrêté … Il va falloir se débrouiller sans ravitaillement, ce qui va nous compliquer la tâche car le prochain point d’eau est à 40km, derrière le col à 4850m. Impossible pour nous de nous accorder un jour de repos pour s’acclimater.

A 4600m, on descend un peu (youpi!) pour trouver un coin à peu près à l’abri du vent à 4580m. On pousse les vélos, on installe la tente, toujours au ralenti, et on se blottit à l’intérieur. Hum, quelle chaleur, que c’est agréable ! (Il n’est encore que 14h30, le soleil tape sur la toile de la tente… alors que dès 18h il fait froid dans la tente). Je m’endors assez vite et me réveille 30min plus tard pour manger. Nous mangeons toujours notre traditionnel repas avocat-saumon, puis je me rendors 1h30 de plus pendant que Angélique lit. Nous réagissons assez différemment à l’altitude. Sur l’ensemble de l’ascension, Angélique semble avoir plus peiné que moi à cause du manque d’air, alors qu’une fois sous la tente, je suis bien plus KO qu’elle (mal de tête, nausée).

D’ailleurs, après cette longue sieste, je me sens à nouveau nauséeux et avec un bon mal de tête … Du coup, je ne mange pas et je peine à boire un maté de coca… A 19h30 il fait déjà très froid dans la tente, on se blottit dans nos sacs et on s’endort rapidement.

Jour 4: 47km – Retour à San Pedro

Brrr, quelle nuit froide ! Le thermomètre indique -20° au réveil. L’intérieur comme l’extérieur de la tente sont gelés, les bidons et la poche à eau aussi (malgré les 8 litres d’eau). Mais finalement, bien couverts dans nos sacs, on a pas eu si froid. Par contre, à partir de 5h, je n’arrive plus à dormir, j’ai déjà trop dormi. Alors, j’attends, je tourne, je vire, avec une bonne barre à la tête dû au froid. Puis finalement, il est 7h30 ! On attend ensemble que le soleil se montre pour sortir du sac. On prend un déjeuner frugal car on a toujours pas bien faim, et on replie petit à petit les affaires, en ayant pas vraiment chaud, malgré le soleil.

On repousse les vélos un par un jusqu’à la route et on doit prendre le temps de récupérer entre les deux, on a beaucoup de mal. On sent bien l’effet de l’altitude à 4600m … Il est 10h30, on se met en route pour les 20 derniers km de montées, jusqu’à 4850m. Rapidement, Angélique fait des pauses très rapprochées et se plaint de mal aux jambes et aux bras. Pour ma part, je sens ma cage thoracique oppressée, j’ai du mal à respirer mais les jambes vont bien. Faut dire qu’on a très peu mangé en 2 jours car on digérait mal à cause de l’altitude.

Vers 11h, Angélique s’arrête et me dit qu’elle ne se sent pas de continuer, elle est épuisée. De mon côté, je ne pense pas pouvoir non plus arriver à passer ce sommet aujourd’hui, et une nouvelle nuit très froide, encore plus haut que la veille ne m’enchante guère. Surtout qu’on n’a plus beaucoup d’eau …

On réfléchit ensemble : faire du stop jusqu’à la douane ou rentrer à San Pedro, se reposer, reprendre des forces et revenir ici en stop pour continuer ? Finalement, nous choisissons la deuxième solution. Aujourd’hui très peu de véhicules circulent, et redescendre nous permettra de retrouver l’appétit et reprendre des forces. Une fois en bonne forme, nous continuerons notre traversée des Andes, qui est quand même très belle (notamment les vues sur le Licancabur, les lever de soleil, les vigognes qui courrent partout).

On commence à redescendre mais il nous faut d’abord refranchir une petite côte avant de redescendre vraiment. J’arrive en haut sans trop de mal mais Angélique n’a vraiment pas la forme. Son mal aux bras et aux jambes ne me rassure guère, redescendre est vraiment la bonne solution. Je vais à sa hauteur pour l’aider mais finalement, elle monte tout toute seule.

Cette descente de 40km est agréable mais on est sans cesse sur les freins tant c’est pentu. On revoit nos endroits de bivouac et en dessous de 4000m, l’appétit revient ! On fait une pause au même endroit que 2 jours avant et on mange bien ! Que c’est bon ! On dévorerait tout le contenu de nos sacoches !

En moins de 2 heures, on est de retour à la douane. Le douanier ne pose pas de problème, il nous fait un papier d’entrée au Chili même si on n’était pas rentré dans un autre pays depuis notre tampon de sortie du territoire.

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8 Responses to Notre tentative de traversée des Andes

  1. JoCo dit :

    Bravo !
    Vous avez su rester dans vos limites sans aller jusqu’à l’imprudence, et votre récit est extrêmement intéressant.
    Vivement la suite… et reposez-vous bien !

    • remy dit :

      Merci !

      C’est vrai qu’on ne cherche pas à tout prix à dépasser nos limites quitte à nous mettre en danger, le plaisir de voyager est plus important pour nous 😉

  2. Rébecca dit :

    Et les amis vous êtes au courant qu’il ne faut jamais dormir au plus haut point…Par exemple il faut monter jusque 4000 mais redescendre à 3800 pour dormir…c’est comme çà que l’on s’acclimate sinon vous risquez le mal des montagnes

  3. Rébecca dit :

    Prévention

    Boire fréquemment de l’eau en petites quantités favorise l’acclimatation à la haute altitude : environ 3 à 4 litres par jour. L’urine doit devenir presqu’incolore.

    Passer la nuit à une altitude plus basse que le maximum atteint durant la journée et plus haut que celle de la nuit précédente favorise l’acclimatation.

    Gain d’altitude

    Pour minimiser le risque d’apparition du mal d’altitude, les itinéraires de trekking doivent prévoir une montée graduelle et même quelques paliers de repos qui favoriseront l’acclimatation des trekkers.

    Une règle assez communément admise consiste en un gain de 300 – 400 mètres par jour au-delà de 3 000 mètres avec une journée de repos à chaque 1 000 mètres de gain. Certains jugent cette approche trop limitative et préconisent une limite de 500 mètres par jour… un rythme trop soutenu disent les premiers pour bon nombre de trekkers. Un gain occasionnel de 500 mètres ne devrait cependant pas causer de problème à la plupart.

    Le reste de l’info sur : http://www.zonehimalaya.net/Expedition/altitude.htm

    PS : Je reviens du Nepal (je vous envois prochainement le lien vers mes photos, un premier jet est déjà sur facebook)

    • remy dit :

      Salut Rebecca !

      Merci pour toutes ces infos, mais ne t’inquiètes pas, on s’était bien renseigné et on savait tout ça. On n’avait pas trop le choix justement, on ne pouvait pas redescendre systématiquement vu que le prochain point d’eau était de l’autre côté du sommet … On avait 3 jours d’autonomie en eau, et on espérait être ravitailler de 12L ce qui n’a pas été le cas.

      On a bu très régulièrement et ça nous a sans doute aider à mieux supporter l’altitude. Puis on a essayé de ne pas dormir beaucoup plus haut que la veille, même si c’était déjà trop par rapport aux recommandations 😉

      On est impatient de voir tes photos du Népal !

      Bonne journée !

  4. gidebo dit :

    commentaires intéressants, tout ca est bon à savoir

    pour votre épopée, vous avez fait le bon choix…il faut savoir faire marche arrière parfois quand les conditions l’exigent

  5. Bernard et Gisèle dit :

    Soulagés d’avoir de vos nouvelles; à vrai-dire, nous étions un peu inquiets pour vous!
    Vous avez de quoi être fiers de votre performance.
    Etre montés à 4600 mètres, ça n’est pas rien ! Surtout à cette saison; encore une fois, bravo!
    Et vous avez fait le bon choix: d’autres merveilles vous attendent et ces trois jours dans le Paso resteront sans doute un moment fort de votre périple.
    Récupérez-bien pour pouvoir savourer pleinement la traversée de ce paso absolument géniale.
    A bientôt…

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