Balade dans une forêt primitive

Le jour suivant notre visite au refuge zoologique, la pluie s’étant calmée, on peut monter aux yungas, la « forêt dans les nuages ». Pour cette excursion, nous sommes guidés par Saul, un biologiste-botaniste passionné, qui raconte à merveille l’histoire de cette forêt ancestrale. Avec lui, on redevient vite de petits enfants qui écoutent d’une oreille naïve et qui ne cessent de poser des questions 🙂 Pour Saul, guider les touristes est son petit plaisir du weekend, après une semaine de travail de bureau.

Cette partie du parc amboro conserve parmi les plus vieilles espèces végétales au monde, des espèces plus anciennes que les dinosaures! On y trouve notamment des fougères géantes dont le tronc de plusieurs dizaines de centimètres est seulement fait de mousse. Ces fougères grandissent très lentement (entre 4 et 6mm par an) et certaines mesurent plus de 14 mètres de haut (je vous laisse faire le calcul de l’age du capitaine 😉 ). Elles ne sont pas solidement ancrées dans le sol (elles n’ont pas de racines), une forte poussée suffit à les faire tomber. Elles survivent dans cette forêt car il n’y a pratiquement aucun animaux. Leur façon de s’alimenter est bien différente des végétaux plus récents, elles ne puisent rien dans le sol, elles captent la nourriture (eau + feuilles mortes + insectes morts) grâce à leurs feuilles qui, tel un entonnoir, amènent toute cette énergie en leur centre. Ces fougères ont toujours 2 étages de feuilles, celles de cette année, qui sont bien vertes et captent la lumière et les vieilles feuilles qui tombent en une sorte de jupe le long du tronc pour le protéger.

Nous avons aussi découvert que certaines plantes ont des mécanismes de défense assez surprenants. Par exemple, un arbre a la capacité de faire tomber un bout d’écorce dès qu’il sent une intrusion. Ainsi, un lichen sera très rapidement décroché du tronc par ce mécanisme, alors qu’une plante inoffensive pourra rester accrochée toute sa vie. Ce même arbre peut aussi sentir qu’un insecte est entrain de creuser en lui et dans ce cas, il peut resserrer ses fibres pour l’écraser complètement tout en faisant couler une résine toxique. D’autres espèces ont évolués pour produire du venin dans leur résine pour lutter à la fois contre d’autres végétaux et contre les animaux, d’autres ont développé de grosses épines, d’autres se sont endurcis (par exemple, les fougères plus récentes ont des racines, poussent plus vite, ont du bois dans leur tronc, etc …).

Pour finir sur ces mécanismes de défense, Saul nous raconte une recherche qu’il a dû étudier durant ses études en Angleterre. En Afrique, durant leur migration, les girafes arrivent dans des espaces où pousse un certain arbre. Les premières girafes se régalent de ses feuilles alors que toutes les suivantes les boudent. Plusieurs botanistes ont été très intrigués d’observer ce phénomène récurrent et ont donc décidé d’étudier de plus prés cet arbre. Ils sont arrivés à la conclusion que, d’une part, suite à une menace des girafes, cet arbre a la capacité de modifier le goût de ses feuilles, pour les rendre piquantes et amères, mais aussi qu’il émet des phéromones pour prévenir les autres arbres de la même espèce ! Ainsi, en 2 à 3h, plus aucun arbre de la région n’a de feuilles qui attirent les girafes. Pour Saul, après cette expérience incroyable, on peut se poser la question de l’intelligence des plantes, car tous ces mécanismes impliquent un système de récupération et de traitement d’information (il y a une menace, que dois-je faire ? J’ai reçu telle phéromone, que dois-je faire ?) mais aussi un système de mémorisation de l’information, un système de prise de décision, etc … alors que toutes ces plantes n’ont aucun système nerveux. Il pense que ces systèmes existent mais n’ont pas encore été découvert par l’Homme car ils sont bien plus vieux et donc probablement bien plus évolués que ceux du règne animal (pour les fougères, on parle de plus de 200 millions d’années d’évolution quand même !). Vraiment passionnant !

Durant des heures on s’est baladés dans une forêt d’une autre époque, à se délecter de toutes les explications de Saul. Et on n’aurait presque pas été surpris de voir un dinosaure surgir devant nous 🙂

Aller, Angélique vous raconte une dernière histoire pour la route… Les guaranis, peuple présent dans la région avant les incas, étaient de grands chasseurs. Ils pouvaient sentir le gibier à distance et même savoir si les animaux avaient des petits ou étaient en période de reproduction, auquel cas ils les laissaient tranquille. Ce « don » n’était pas limité aux seuls animaux sauvages, ainsi les hommes sentaient quand une femme était pubère et les jeunes filles guaranis enfantaient très jeunes. Les mères de ces jeunes filles ont pris l’habitude de les baigner dans un bain de feuilles de la famille des eucalyptus afin de lutter contre l’esprit malin qui, selon leurs croyances, donnait envie à leurs filles d’aller voir les hommes…. et ça marchait! L’explication du résultat est somme toute plus rationnelle: cette plante tue la bactérie qui est responsable de l’augmentation de la diffusion des phéromones émises par la jeune fille, ainsi les sens des hommes étaient brouillés.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :