Visite du musée de la coca

Pour notre premier jour de réacclimatation à La Paz, nous sommes allés visiter le musée de la coca qui se situe juste à côté de notre logement. C’est un tout petit musée, mais tellement bien fait et pédagogique que nous y sommes restés 2 heures.

La visite commence par une présentation des différents aspects de la feuille de coca : son rôle central dans la culture Bolivienne, son mode de culture, son utilisation, ses réels effets … On y apprend que la coca est utilisée depuis plus de 5000 ans sur le continent sud américain. Quand on se balade en Bolivie, aussi bien dans les Andes que dans l’est, il est impossible de ne pas remarquer tous ces boliviens qui se promènent en mastiquant une grosse boule de feuilles de coca, leur donnant un accent si … particulier. Mais elle est aussi utilisée dans un grand nombre de produits (du savon aux biscuits, en passant par les bonbons et les boissons) et dans tous les rites religieux (tel l’ostie pour les chrétiens, la feuille de coca est pour les boliviens le lien entre le monde matériel et le monde spirituel).

L’allulico (la mastication des feuilles) est un rituel qui parait très simple au premier abord, mais qui est assez complexe pour libérer tous les effets bénéfiques de la coca. Il faut d’abord écraser les feuilles avec les dents, d’une certaine façon et un certain temps, puis commencer la mastication, et enfin, ajouter un alcali (tel que la cendre de banane ou la chaux). Cette mastication a plusieurs effets importants : augmentation de la capacité pulmonaire (les alvéoles sont plus ouvertes), meilleure assimilation du glucose, meilleure régulation de la production d’insuline et augmentation de la résistance à l’effort. Au niveau nutritif, des études ont montré que c’est un aliment très complet et d’une grande qualité (apparemment, 100 gr de coca suffisent à satisfaire les besoins journaliers en calcium, fer, phosphore, vitamine A et B2).

A l’époque de la conquête espagnole, l’église catholique a interdit l’utilisation de cette plante diabolique qui constituait un obstacle à l’évangélisation des indigènes. Mais, sous la pression des espagnols, voyant que cette feuille permettait aux esclaves de faire des « journées » continues de 48h, l’église annula l’interdiction et instaura le versement d’une dîme sur la coca. L’usage de la coca devient même obligatoire dans les mines de Potosi, et son coût d’achat pour les mineurs était fonction de la quantité de minerai extrait.

Puis, en 1860, plusieurs chercheurs autrichiens découvrent l’existence de différents alcaloïdes présents dans la coca, dont la cocaïne, et mettent en évidence leurs pouvoirs anésthésiques. A partir de cette date et jusqu’à la mise au point de dérivés de synthèse, la cocaïne sera leur seul anesthésique local à disposition des chirurgiens (avant, pour anésthésier un patient, ils le frappaient à coup de bâton sur la tête et lui faisait boire de grande quantité d’alcool, jusqu’à être inconscient).

A partir du XXeme siècle, les Etats-Unis doivent faire fasse à une forte augmentation de la consommation de cocaïne. Pour résoudre ce problème, ils choisissent de s’attaquer aux plantations de coca, notamment en Bolivie (A ce sujet, un célèbre journaliste américain a un jour dit que la coca était la cause de la pauvreté des Boliviens). Sauf que pour fabriquer de la cocaïne il faut, certes, de la coca, mais surtout des produits chimiques coûteux fournis par des laboratoires de pointe qui sont bizarrement nord-américains et européens. Ces laboratoires peuvent de manière tout à fait légale fabriquer ces produits chimiques puisqu’ils sont aussi utilisés dans d’autres domaines. La bolivie contrôle drastiquement l’importation de ces produits mais les petits laboratoires au coeur de la forêt amazonienne sont directement ravitaillés par avion de l’étranger, rendant tout contrôle impossible.

Les problèmes liés à la cocaïne sont complexes, et essayer de les résoudre en détruisant l’un des symboles socio-spirituo-économique ancestral d’une civilisation nous paraît pour le moins simpliste. Certains y voit un moyen de contrôler militairement une zone rarement pro-étasunienne.

Pour conclure cet article, voici un extrait d’une vieille légende bolivienne :

“Gardez amoureusement ces feuilles quand vous sentirez de la douleur dans votre coeur, de la faim dans votre ventre, et de l’obscurité dans votre esprit, portez les á votre bouche, elles révéleront votre esprit qui est une partie du mien (…) Mais si le tortionnaire venu du nord, le conquistador blanc, le chercheur d’or touche á cette feuille, il trouvera seulement en elle un poison pour son corps et une folie pour son esprit car son coeur est aussi dur que son épée et son armure”.

 

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, voici un article intéressant.

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3 Responses to Visite du musée de la coca

  1. JoCo dit :

    Merci pour cette parenthèse culturelle et historique très intéressante; nous parions justement hier soir avec des amis de la consommation de coca et la question des effets bénéfiques et des inconvénients s’est posée. Ceci éclaire le sujet.

  2. Annie dit :

    Très intéressant! Merci beaucoup de mettre plus à notre portée ces sujets « tordus » par le prisme de notre culture. Bisous!!

  3. gidebo dit :

    très intéressant, et j’aime particulièrement la légende concluant l’article

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